10 avril 2013

La All-Paris League (1ère partie) – L’inoculation


Les préparatifs pour le lancement du championnat, ou de la « All-Paris League », comme certains l’appellent déjà, ont été menés particulièrement consciencieusement[i]. Sous l’action conjuguée et les efforts de l’Union Française du Base Ball, de l’A.B.B., du Comité de Paris et des différents clubs, la pratique va prendre une ampleur inédite en l’espace de quelques mois.

Dans un article pompeusement intitulé « Les Parisiens aiment le baseball », le New York Times[ii] informe ses lecteurs en mars 1913 que les efforts entrepris à Paris par quelques Américains pour constituer une association semblent devoir être couronnés de succès. A en croire les propos du rédacteur, les lycées parisiens semblent soudainement pris d’une frénésie pour le baseball. Sous l’impulsion de Burgess et Roosevelt, plusieurs équipes dont celle de Condorcet, nous lavons vu sont constituées, équipées, scrupuleusement entraînées[iii] dès le mois de mars dans le bois de Boulogne et des matchs sont joués le jeudi[iv] après-midi entre jeunes Français et Américains d’une quinzaine d’années.

Ne suffisant plus pour encadrer le nombre toujours croissant de jeunes joueurs, Burgess et Roosevelt font bien vite appel à plusieurs compatriotes américains membres du Racing Club de France pour les aider : Il y a tout dabord Frederick B. Bate, un peintre originaire de Chicago, puis William Bird[v], un étudiant en journalisme originaire de Buffalo dans l’état de New York. Il y a enfin un vrai technicien, un professionnel du sport, en la personne de Valentine Flood[vi]. Cet autre newyorkais, successivement entraîneur de football, basketball et hockey de l’University Athletic Club, du Crescent Athletic Club et de l’Université de Princeton est venu à Paris en 1912 pour y fonder une école de golf (selon le New-York Tribune), à moins que ce ne fut pour y préparer une équipe en vue des prochains jeux olympiques (selon le New York Times). Quoi quil en soit, Flood offre ses services pour entraîner parallèlement les équipes de jeunes du Racing Club de France au stade de Colombes.

Stade de Colombes, 1913.
Les vacances de Pâques sont l’occasion de pratiquer encore plus assidûment dans le bois de Boulogne, ainsi qu’en atteste un article paru dans le Milwaukee Sentinel[vii] :
« […] spectacle sans précédent de deux équipes de jeunes français jouant à notre jeu national de baseball, qui promet de devenir populaire dans les écoles publiques et les clubs de sport de Paris. Les garçons français sont comme des poissons dans l’eau. Leur tempérament vif et nerveux, qu’ils ont en commun avec les Américains, indique que le baseball va devenir un sport français. »

[A suivre]
***

[i] « Playing Baseball In Paris », in Chicago Eagle, 3 mai 1913, p. 2.
[ii] « Parisians Like Baseball », in New York Times, 16 mars 1913. Voir également « Sacre ! Ze Baseball Bug Bites France ! », in San Francisco Call, 17 mars 1913, p. 8 ; ainsi que El Paso Herald, 19 mars 1913, selon lequel T. E. Roosevelt est le chef du mouvement.
[iii] « Baseball Easter Sport Of The Paris Youth », in New-York Tribune, 23 mars 1913, p. 3 ; voir aussi « Baseball In France », in The Bennington Evening Banner, 1er août 1913, p. 4. 
[iv] A l’époque, le jour de repos des écoliers était le jeudi et non le mercredi.
[v] William « Bill » Augustus Bird (1888 - 1963), étudie au Trinity College de Hartford.
[vi] Notons qu’il a joué pendant 7 ans au rugby en Australie et qu’il y joue peut-être au RCF. Cf. « Football Practice », in The Daily Princetonian, 20 septembre 1906 ; Princeton alumni weekly, volume 7, par Jesse Lynch Williams, Edwin Mark Norris, Princeton University, Princeton University Press, 1906 ; « Ardsley Appoints Flood », in The New York Times, 31 janvier 1915 ; « Ardsley Patriotic Professional », in New-York Tribune, 8 juillet 1918, p. 12.
[vii] « French Youths Play Ball », in The Milwaukee Sentinel, 18 avril 1913 ; également « Baseball Strikes Paris », in El Paso Herald, 24 mai 1913.