19 mai 2019

Le couperet

Comment arrêter cette machine aux rouages implacables qui, depuis l’assassinat de l’Archiduc Héritier d'Autriche François Ferdinand à Sarajevo le 28 juin 1914, s’est mise en marche et s’apprête à broyer inexorablement ces anciens et vastes empires ? (Lire Sur le fil) Comment les hommes pourraient-ils échapper à leur destin individuel et collectif ? Quel sens donner à tout cela ? Pourquoi donc cette course vers le précipice, le néant ? « La volonté de Dieu s'est accomplie ! », voici ce qu’annonce au Parlement le Premier Ministre de Hongrie en cet été 1914. Explication bien commode, écartant d’emblée la responsabilité des différents gouvernements, exonérant de toute faute les hommes et leurs instincts les plus vils.

Tous les hommes ne se résignent pas pour autant aussi facilement. Tenter d’éviter le pire, c’est ce que fait le baron de Constant de Rebecque, sénateur de la Sarthe, lauréat du prix Nobel de la Paix en 1909. Avec une énergie folle, refusant d’admettre l’inéluctable, ralliant à lui ses amis tel l’Allemand Otto Umfrid[i], il s’évertue à mettre ses théories en application immédiate, et comme l’arbitre de baseball qu’il voulait être (lire Duel, baseball et Prix Nobel de la Paix), il tente de se dresser entre les adversaires et se débat pour tâcher d’imposer son autorité. C’est sa mission, c’est toute l’œuvre de sa vie qui est en jeu. Hélas, il a beau œuvré jusqu’au bout pour le rapprochement franco-allemand, il a beau essayé de convaincre les représentants des nations engagées que le salut de celles-ci passera forcément par le pardon et la création d’une grande confédération européenne, que le vrai risque est celui à terme d'une domination économique et politique de l'Europe par l'Amérique du Nord et l'Asie, tout ceci n’est à ce stade désormais rien de plus qu’un inutile verbiage. A part ses disciples, plus personne n’écoute ce prophète. Puisque l’on vous dit que c’est la volonté de Dieu !

4 mai 2019

Most Wanted


Quelle agitation, quelle effervescence en ce dimanche 12 avril 1914 au New York Theatre[i] ! L’Anglo-American Film Corporation et John J. Gleason y présentent en avant-première le film événement « The Giants-White Sox Tour » sur la récente tournée mondiale des deux équipes[ii]. Incapables d’attendre l’opening day de la saison qui a pourtant lieu le lendemain, trois à quatre mille personnes[iii] se pressent aux portes de la magnifique salle de spectacle du numéro 1514-16 sur Broadway dans l’espoir d’obtenir un siège ou bien même un strapontin, pour y contempler leurs idoles.

Le New York Theatre en 1914.
Entendons-nous bien, il ne s’agit pas d’un vulgaire montage couvrant simplement les matchs de baseball joués tout au long du périple. Non, non, cette œuvre, point culminant d’une communication maîtrisée de bout en bout pendant de longs mois,  tient assurément du génie parce que c’est à la fois une comédie et le premier réel documentaire sportif de tous les temps.